Accélérer un changement social

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Bien que les statistiques contribuent à l’acceptation des véhicules autonomes (VA) – particulièrement sur le plan politique –, des préoccupations culturelles, certaines allégeances, de même qu’une peur réelle, jouent un rôle dans l’implantation de cette nouvelle forme de mobilité. 

Au sommet Movin’On, Rahul Kumar, vice-président de Keolis et Sheherazade Zekri, de Keolis, ont fait part de leurs constats concernant les projets de navettes autonomes en cours dans des villes comme Las Vegas et Candiac, au Québec. Les participants de la session de travail ont, quant à eux, proposé leur avis d’experts sur ce qui pourrait redorer – ou non – la réputation des VA.

 

Accessibilité

Les discussions de l’industrie sur les VA ne tiennent pas compte d’un élément majeur  : l’accessibilité. Bien qu’ils représentent un important moyen de transport pour les personnes à mobilité réduite – y compris  les aînés, qui forment une portion grandissante de la population –, des questions demeurent, notamment à propos de l’impact que pourrait avoir les équipements lourds (par exemple, les rampes pour fauteuils roulants) ou encore sur la durée de vie des batteries.

 

Abordabilité

Les participants à la session de travail ont proposé de mettre en place une forme de taxation pour financer les VA et leurs infrastructures, mais aussi d’offrir différentes catégories de services, tant pour le type de véhicule que pour l’expérience utilisateur. Par exemple, un usager en voyage d’affaires sera plus enclin à payer pour une voiture haut de gamme avec wi-fi, alors qu’un étudiant acceptera de voyager  moins confortablement pour bénéficier d’un trajet abordable vers l’université.

 

Propriété

Pour bien des gens, particulièrement aux États-Unis, une voiture est plus qu’un simple moyen de transport, c’est un symbole de fierté et de liberté. D’autres participants ont suggéré de sensibiliser les consommateurs grâce à une analyse claire des coûts-bénéfices du VA, ou encore d’explorer des modèles alliant ce type de transport avec le fait de posséder un véhicule. Par exemple, utiliser un VA et prêter sa voiture pendant la semaine, et se la réserver pour des sorties en famille le week-end.

 

Stationnement

S’affranchir du parking peut être un avantage aux yeux des conducteurs. Pour certaines villes comme Los Angeles (qui, comme le souligne Rahul Kumar, tire environ 40 % de ses revenus des stationnements et des contraventions) l’avènement des VA, qui ne s’arrêtent pas entre deux destinations, représente toutefois un défi  : celui de trouver d’autres sources de revenus. Une solution possible serait d’établir un système de parkings à tarification dynamique, en fonction de l’heure et du type de véhicule.

 

Emplois

« Aux États-Unis, les chauffeurs représentent 19 millions de travailleurs, soit environ 8 % de la main-d’œuvre, a précisé Rahul Kumar. Nous devons penser à ce qui adviendra de ceux qui gagnent leur vie derrière le volant, que ce soit les conducteurs d’autobus ou de camion de livraison… » Des participants ont également mentionné que certains lobbyistes qui considèrent les VA comme leurs concurrents – par exemple, les constructeurs automobiles et les syndicats de taxis – pourraient représenter un obstacle.

 

Routes et autoroutes

Il importe que les VA empruntent des routes où la signalisation est claire, uniforme et réglementée par les différents paliers de gouvernement. Selon plusieurs, une fois que les détracteurs des VA verront cet affichage, de même que les voies qui leur sont réservées (similaires à celles réservées au covoiturage), ils seront moins réticents à l’essayer. De plus, des voies dynamiques, changeant selon la circulation et l’heure de la journée, pourraient contribuer à atténuer la congestion, ce qui serait bénéfique pour tous les usagers.

 

Sécurité

Il s’agit d’une importante préoccupation, tant pour les usagers que pour les autorités, et elle prend plusieurs formes. Dans le cadre du projet-pilote de Keolis, à Las Vegas, de nombreux piétons ont bondi devant le VA, qui n’a pas manqué de s’arrêter chaque fois. Certains participants se sont interrogés au sujet des panne et ont laissé entendre qu’il serait possible d’obtenir rapidement des véhicules de remplacement grâce aux données et à l’interopérabilité. D’autres ont fait valoir que les VA pourraient régler certains problèmes liés à la sécurité et aux nouvelles mobilités, faisant référence en cela aux cas  de harcèlement survenus lors de trajets de covoiturage.

 

La règle de trois

Selon Keolis, les entreprises abordent les VA selon trois perspectives :

 

  • Sécurité : informer le public au sujet des accidents.

 

  • Environnement : les VA seront électriques et partagés, ce qui réduira les émissions de GES et la congestion routière causées par les véhicules occupés par  un seul passager.

 

  • Technologie : les nouvelles technologies à bord et sur de nouveaux modèles d’affaires (par exemple, l’autopartage).

 

Cet article est basé sur la conférence donnée au Sommet Movin’On 2019 « La ville de demain : apprendre des projets-pilotes actuels de robots-navettes pour le déploiement à grande échelle de véhicules autonomes » par Scheherazade Zekri (Keolis), Rahul Kamar (Keolis).