Adopter les innovations durables: une question de confiance

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Transformer l’écosystème de la mobilité exige une ressource qui n’est pas toujours au rendez-vous : l’assentiment du grand public. Trois experts internationaux en mobilité expliquent comment on peut amener les citoyens à adopter les innovations durables.

 

LISBONNE : l’essayer, c’est l’adopter

Miguel Gaspar, adjoint du maire de la capitale portugaise pour les secteurs de la mobilité et de la sécurité, s’est donné pour mission de transformer le paysage urbain – bien qu’il s’agisse d’un processus graduel, qui exige de convaincre les citoyens. Au cours de la dernière décennie, Lisbonne a ainsi réduit de 70 % à 40 % la proportion de l’espace public occupée par les voitures et a converti le 30 % de superficie récupérée en pistes cyclables et en trottoirs plus larges. « Bien souvent, on pouvait entendre les membres de l’opposition affirmer : “Personne ne les utilisera”, raconte-t-il. Mais deux semaines après leur inauguration, il y avait foule… Ces changements ont fait une énorme différence sur la manière dont les gens vivent leur ville. »

 

SAN FRANCISCO : la meilleure piste

« Nous voulions nous concentrer avant tout sur les usagers », déclare Danielle Harris, stratège au bureau de l’innovation de San Francisco, au sujet de l’expansion spectaculaire du réseau cyclable, incluant la création des zones d’arrêt avancées pour les vélos, de voies protégées, ainsi qu’une bonification des programmes de vélopartage. « L’idée n’était pas de se dire : “Est-ce qu’il y a une piste cyclable ?”, mais plutôt : “Quelle expérience en ont les cyclistes ?” » L’un des résultats de cette ambitieuse analyse s’est traduit par une carte répertoriant les pistes selon le niveau de « stress lié à la circulation » en tenant compte de données telles que la limite de vitesse, la présence de transports en commun et le nombre de voies accessibles.

 

MONTRÉAL : un même objectif pour tous

Philippe Schnobb, président du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal (STM), attend deux nouvelles recrues qui s’ajouteront à l’écosystème de mobilité de la ville : des vélos et des scooters électriques. Il affirme toutefois avoir dû rassurer les joueurs actuels en leur expliquant que ces nouveautés ne représentaient pas une menace pour leur modèle d’affaires – un défi qu’il avait déjà affronté en 2009 lors du lancement du système de vélo en libre-service BIXI.

Selon lui, il faut avant tout réunir les parties concernées (chauffeurs de taxi et services d’autopartage) et leur demander d’envisager la chose au-delà du seul aspect des profits. « Plutôt que de considérer ces nouveaux acteurs comme des concurrents, on doit les voir comme des partenaires d’une mobilité durable. » Une autre belle initiative : Montréal développe actuellement la plateforme Céleste, qui permettra aux usagers de passer d’un mode de mobilité à un autre et de payer pour l’ensemble des services utilisés à la fin du mois.

 

La voix de la raison

«Les données sont au cœur de la nouvelle mobilité»
– Clément Eulry, Google France


Et au cœur de ces données se trouve la confiance – celle liant des utilisateurs qui acceptent de partager des informations en échange d’un service personnalisé (par exemple, Google Maps) et des entreprises qui y ont accès et qui peuvent les partager avec d’autres afin d’optimiser l’expérience des usagers (par exemple, les fabricants d’automobiles et les concepteurs d’applications). Selon lui, ce lien de confiance peut se développer grâce à quelque chose d’encore plus simple : une voix. « L’assistance vocale est sans contredit l’avenir. Chaque entreprise peut se demander : “Quelle est la meilleure personnalité pour mon assistant personnel? Sa voix? Son ton? Parce que c’est ce qui définira ma marque.” Pour avoir du succès dans le monde de demain, et plus particulièrement dans le domaine de la mobilité, il sera primordial de créer un lien entre sa marque et ses consommateurs. »

Cet article est basé sur la conférence donnée au Sommet Movin’On 2019 « Solutions pour des écosystèmes multimodaux » par Miguel Gaspar (Municipalité de Lisbonne), Philippe Schnobb (Société de transport de Montréal – STM), Danielle Harris (Ville de San Francisco), Sandra Sucher (Harvard Business School), Clément Eulry (Google France), Erik Novak (Envirodad.com).