En route vers la démocratisation des véhicules autonomes

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Trois métropoles, trois expériences bien distinctes : Boston, Lyon et Montréal mènent depuis trois ans de rares projets pilotes permettant d’expérimenter des véhicules autonomes (VA) dans des environnements urbains réels. S’il y a 100 ans, le « Motordom » – une alliance représentant les intérêts des constructeurs, des concessionnaires et des clubs automobiles – a mené la révolution mondiale de la voiture thermique, ces trois municipalités ont décidé, cette fois, de ne pas subir ce nouveau changement de paradigme, mais plutôt d’imposer leurs conditions dès le départ à l’industrie. 

 

Reconquérir l’espace public

Comme le fait valoir Kristopher Carter, codirecteur du bureau du maire de Boston sur les nouvelles mobilités : « Les villes sont faites pour les gens et la technologie devrait répondre à cet objectif. » À une époque de saturation du trafic urbain et de pollution de l’air, la généralisation des véhicules autonomes doit en effet permettre de « reconquérir l’espace public dominé par les voitures privées grâce à des modes de déplacement écologiques et à l’urbanisme », estime Pierre Soulard, responsable du service de mobilité urbaine de Lyon.
Il s’agit donc d’une occasion de mieux organiser les déplacements en ville. À condition de bien s’y prendre.

 

À l’assaut des rues

Sans s’être coordonnées au préalable, Boston, Lyon et Montréal ont adopté des approches similaires pour déployer progressivement des véhicules autonomes (VA) dans leurs rues. Elles ont toutes privilégié des navettes automatiques (minibus d’une capacité d’une douzaine de personnes) dans des quartiers en cours de revitalisation, et ont délibérément tourné le dos aux voitures individuelles. Les municipalités ont d’abord mené des consultations publiques sur ce projet, puis elles ont testé les premiers VA dans des rues fermées à la circulation, avant d’étendre ces expérimentations à des « routes ouvertes », pour finalement considérer qu’elles étaient suffisamment concluantes pour établir une politique publique des plus pertinentes en la matière.

«Les VA représentent une occasion d’améliorer la performance, l’étendue et l’efficacité du système de transport en commun»
– Pierre Soulard, Ville de Lyon


Cette nouvelle technologie devrait « rendre les rues plus sécuritaires et le réseau public, plus accessible et plus efficace (pour se rendre au travail, etc.), plus fiable et plus prévisible », mentionne de son côté Kristopher Carter, qui a appliqué ces exigences au projet pilote mené dans le centre-ville de Boston.

 

Nouvelles dessertes

À Boston, à Montréal ou à Lyon, aucun accident n’a été signalé au cours de ces premiers déploiements de véhicules sans conducteur. Le fait de privilégier la navette autonome permet d’avoir à terme une solution « plus viable économiquement », tout en créant de « nouvelles solutions de  dessertes », voire de « penser de nouvelles formes d’urbanisme », note Pierre Soulard. Sans prédire comment tout cela va se concrétiser dans le futur, il remarque que ces expérimentations permettent « de s’approprier les technologies des véhicules connectés » et « d’avancer », même si le VA individuel a peu de chances  de devenir la norme d’ici 2040.

Surtout, souligne-t-il, ces initiatives permettent « de montrer une voie différente de celle des constructeurs automobiles ou des pure players du numérique, qui ont une autre vision du véhicule autonome : celle du véhicule individuel ». « C’est le moment d’avoir une conversation sur le type de ville qu’on désire et comment on veut développer l’arrivée des véhicules autonomes », résume Stéphane Guidoin, de la mairie de Montréal, en se réjouissant de la perspective « d’être plusieurs villes à tenir le même langage aux opérateurs et aux constructeurs ».

 

Cet article est basé sur la session de travail donnée au Sommet Movin’On 2019 « De projet pilote à voie de dépassement : intégration des véhicules autonomes dans nos communautés et dans les réseaux de transport multimodaux » par Fouziya Bouzerda (SYTRAL), Kristopher Carter (Ville de Boston), Stéphane Guidoin (Ville de Montréal), Arnaud Leroy (ADEME), Pierre Soulard (Ville de Lyon).